07 février 2007

Procès d'un autre âge

Il y a des principes intangibles, aussi anciens que les combats qui ont permis à la France de devenir une démocratie respectueuse des libertés et des droits de l'homme. Dans un Etat laïque, aucune religion - comme aucune idéologie - n'est au-dessus des lois. Là où la religion fait la loi, on est proche du totalitarisme. Dans un Etat de droit, les personnes qui pratiquent une religion ne doivent pas être insultées ou faire l'objet de discriminations fondées sur leurs croyances. La laïcité ne se confond pas avec une quelconque " religionphobie ".

Ce sont ces principes qu'il faut avoir à l'esprit au moment où va s'ouvrir, mercredi 7 février, le procès de Charlie Hebdo, poursuivi devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir publié, en février 2006, des caricatures de Mahomet, éditées à l'origine par un journal danois. L'affaire avait déclenché une violente polémique et des manifestations de colère dans les pays musulmans.

Les avocats des plaignants se défendent de faire le procès de la liberté d'expression, fustigeant à travers les dessins incriminés " un message raciste qui assimile tout musulman à un terroriste islamique ". Ils invoquent la loi, qui fixe effectivement des limites claires à la liberté d'expression (racisme et antisémitisme, notamment). Mais, en l'espèce, dans le dessin de Cabu, la distinction est sans ambiguïté entre islamistes en particulier et les musulmans en général.

L'exercice de la liberté d'expression suppose le respect de règles sans lesquelles la coexistence entre différentes communautés ethniques ou religieuses au sein d'une même société devient impossible. Mais le procès de Charlie Hebdo est celui d'un autre âge, d'un autre temps. Même si les plaignants n'invoquent pas cet argument, il faut avoir en mémoire que ce qui a déclenché la polémique, c'est la représentation du prophète Mahomet, qui, aux yeux de l'islam, est un blasphème. On est donc en présence d'une querelle obscurantiste.

Ce procès, dont aurait dû faire l'économie, sera toutefois utile s'il rappelle que la liberté d'expression ne saurait être encadrée par une police de la pensée. Comme les idéologies, les religions sont tout à fait respectables, mais elles ne peuvent être soustraites à l'analyse, à la critique, à la dérision. Des politiques, comme François Hollande et François Bayrou, des intellectuels, comme Taslima Nasreen, écrivain dont le roman publié au Bangladesh a entraîné une fatwa contre elle, viendront rappeler ces principes de base. Sans le respect desquels la France ne serait plus tout à fait une démocratie.

© Le Monde

La Grande Mosquée de Paris et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) poursuivent l'hebdomadaire satirique pour trois dessins, dont l'un, publié en couverture et fait par Cabu, représentait Mahomet " débordé par les intégristes " et soupirant : " C'est dur d'être aimé par des cons. "

Posté par aifjai à 16:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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